La création de personnages

Je ne prétends pas vous donner ici une manière unique, ni d’ailleurs exhaustive, de comment créer des personnages pour les rendre à la fois crédibles et authentiques dans vos écrits.

Néanmoins, l’expérience accumulée au fil des lectures et de la pratique me donne suffisamment de matière pour écrire cet article et vous proposer des éléments concrets et utiles, ainsi que des pistes de réflexion et de lecture pour ceux qui auront la curiosité et la volonté d’approfondir.


Le mot personnage désigne une personne

à laquelle on affecte une fonction.

Tout d’abord, soulignons qu’il existe différents types de personnages :

– le protagoniste (il peut il y en avoir plusieurs)

– l’antagoniste (il peut aussi il y en avoir plusieurs)

– les personnages « secondaires » (il y a de nombreux « niveaux » exploitables en la matière)

– les personnages « du décor » (des figurants en quelque sorte)


Avant d’aller plus loin, définissons ces termes

Dans la fiction, un protagoniste est le personnage principal d’un roman, d’une nouvelle, d’un film, d’une pièce de théâtre (c’est souvent le personnage qui tient le rôle de premier plan, mais il peut aussi s’agir d’un personnage clé ; si le protagoniste n’est pas toujours le personnage de premier plan, c’est toujours le personnage principal).

Dans la réalité, le protagoniste est la personne qui joue le rôle principal dans une affaire, qui est en lutte, en conflit (nous verrons plus loin que cette notion de conflit est très importante).

Yves Lavandier, dans son ouvrage sur la dramaturgie et l’art du récit, distingue trois types de protagonistes :

– le protagoniste est le personnage d’une œuvre dramatique qui vit le plus de conflit dynamique sur l’ensemble de l’oeuvre.

– le protagoniste local est le personnage d’une scène qui vit le plus de conflit dynamique.

– le protagoniste trajectoriel est le personnage d’une œuvre dramatique qui possède un objectif trajectoriel et qui souvent se transforme (ce peut être le protagoniste ou un autre personnage et il peut ne pas il y avoir de protagoniste trajectoriel).

L’antagoniste est un opposant, un adversaire, un rival, celui qui s’oppose au protagoniste et à la réalisation de ses objectifs.

Un antagoniste n’est pas forcément un personnage d’ailleurs. Il peut s’agir d’un personnage (parfois avec le même objectif que le protagoniste, quelquefois avec un objectif contraire, etc.), d’un groupe de personnages, d’une institution, d’une technologie, d’une idéologie (religieuse, politique, etc.), d’un environnement naturel, etc.

Yves Lavandier, toujours dans le même ouvrage, nous propose cette définition de l’antagoniste en tant que personnage :

– l’antagoniste est le personnage possédant un seul objectif et dont l’action s’oppose à celle du protagoniste et constitue, pour celui-ci, la seule source d’obstacle externe. L’antagoniste peut opérer à un niveau local. Assez souvent, une scène contient un antagoniste. L’antagoniste n’est pas nécessairement un « méchant ».

Les personnages secondaires peuvent revêtir bien des aspects. Compagnon du héros, personnage qui apporte une aide significative au protagoniste à un moment précis de l’histoire, personnage qui influence ses choix à un moment donné du récit, etc.

Les personnages du décor sont un peu les figurants, ceux que le protagoniste voit, auxquels il peut s’adresser, mais qui ne jouent aucun rôle dans le déroulement de l’intrigue. Même si la présence de ces personnages est figurative et remplit un rôle essentiellement esthétique, il peut être intéressant de leur donner un minimum de caractérisation.

Cet article va surtout s’intéresser à la création de personnages protagonistes, mais les éléments sont applicables à tout type de personnage. Un personnage protagoniste sera simplement davantage caractérisé qu’un personnage secondaire.


Yves Lavandier a écrit :

« un personnage ne se définit jamais mieux qu’en action »

Je partage tout à fait cette analyse et j’invite chaudement tout auteur à lire son ouvrage

Les termes utilisés plus haut (objectif trajectorielconflit dynamiqueprotagoniste local, etc.) y sont très clairement abordés, expliqués et détaillés.

De plus, l’auteur illustre ses propos de nombreux exemples.

Une lecture que je recommande vraiment chaudement !

Si l’on considère que les actions sont motivées par des conflits, alors on devrait surtout s’intéresser aux éléments suivants :

– quelle est la manière d’être de votre personnage en situation de conflit (qu’il s’agisse d’un conflit statique ou d’un conflit dynamique) ?

– quel est son objectif principal ?

– a-t-il des objectifs secondaires ?

– quelles sont ses motivations ?

– quels sont ses désirs ?

– à quels moyens a-t-il recours pour atteindre son objectif ?

Les éléments liés au conflit sont ceux qui permettront de définir le mieux un personnage, car on va s’intéresser à sa psychologie, sa manière de penser, d’être, de se comporter.

Ce qui définit le mieux un individu, ce sont surtout ses actions et ses choix, n’est-ce pas ?

Dans la fiction, un personnage sera davantage « authentique » si on s’intéresse à son « profil psychologique », sa manière de réagir dans une situation conflictuelle, ses choix dans la poursuite de ses objectifs, sa façon de penser et ce qui le caractérise profondément dans sa relation aux autres.

Ce qui caractérise le plus fortement un personnage, ce sont à la fois ses actions et ses relations aux autres en situation de conflit.

Actions et relations aux autres : deux éléments essentiels qui donnent de la vie à un personnage.

Finalement, une fois qu’on a défini les éléments propres au conflit, aux interactions et aux situations, les autres éléments de caractérisation paraissent moins importants, même s’ils contribuent à établir un profil et une personnalité.


Les fiches de personnages

Beaucoup d’auteurs créent un « profil type » sous forme de liste de points à renseigner, qui les aide à donner forme à leurs futurs personnages.

Il est peut-être plus facile et confortable de commencer par caractériser un personnage en utilisant une telle liste. Plus confortable et plus rassurant.

Ce sont des données statiques, contrairement à la caractérisation par l’action, qui est dynamique.

Des éléments statiques ont leur importance, bien entendu. Ils sont même essentiels :

– définir un aspect physique

– définir un environnement

– définir des liens sociaux

– définir une chronologie

– définir un parcours

– etc.

Mais je pense que sans caractérisation dynamique, ils ne suffisent pas à rendre un personnage vivant.

N’ayez pas peur des détails, en eux réside l’essence de la particularité.

Plus vous aurez d’éléments sur un personnage, plus vous pourrez vous en servir.

Attention toutefois à ne pas vous mélanger les pinceaux et à ne pas faire apparaître de contradictions.

Avoir des détails, c’est bien, mais ils doivent servir à caractériser le personnage ou/et avoir une utilité dans le récit (qui peut n’être qu’esthétique ou jouer un rôle dans l’intrigue, c’est à vous de voir).

Quels sont les points utiles pour établir une fiche de personnage ?

Je suppose que cela est variable et dépend des besoins de chaque auteur, mais voici quelques idées si l’exercice vous paraît un peu obscur ou incertain :

– identité (nom, surnoms, âge au début et à la fin du livre, origine géographique, informations relatives à l’anniversaire, etc.)

– physique (taille, poids, couleur et forme des yeux, couleur des cheveux et style de coiffure, peau, visage, pilosité, mains, voix, santé générale, signe distinctif, capacité ou incapacité physique, tenue vestimentaire préférée, objets personnels, etc.)

– goûts (couleurs, plats, boissons, lectures, plantes, animaux, choses détestées, centres d’intérêt, etc.)

– mentalité (motivation, réputation, défauts, qualités, peurs, ennemis, vision du bonheur, etc.)

– situation (milieu social, famille, métier, formation, expérience professionnelle, objectifs professionnels, passé, revenus, etc.)

– divers (rôle, évolution, événements associés, etc.)


Illustrations

C’est loin d’être indispensable, mais certains auteurs (dont je fais partie) aiment imaginer leurs personnages et leur attribuer un visuel.

Cela peut être une illustration/photo qui correspond à l’idée qu’on se faisait d’un personnage, comme on peut s’inspirer d’une illustration/photo pour en créer un.

Comme la plupart des illustrations/photos ne sont pas libres de droits, on peut soit les réaliser soi-même, soit les faire réaliser par un professionnel.

Il existe des banques d’images et illustrations libres de droit, mais elles ont le défaut de proposer des photos qu’on retrouvera partout. Cela manquerait un peu d’originalité et d’identité, n’est-ce pas ?

Dans mon cas, j’ai eu envie d’avoir quelques visuels des principaux protagonistes de ma saga d’heroic fantasy et j’ai fait appel aux services d’un graphiste professionnel.

D’autres auteurs préféreront laisser toute liberté au lecteur d’imaginer l’apparence qu’il souhaite attribuer à tel ou tel personnage, en fonction de sa lecture et de son interprétation.

Je comprends tout à fait cela, mais comme j’ai toujours apprécié les livres proposant des visuels, et que cela ne m’a jamais empêcher de visualiser des personnages qui ne correspondaient pas forcément aux visuels proposés, j’ai pensé qu’une illustration pouvait être un petit plus, au même titre qu’une carte par exemple.

Pour un usage strictement personnel, on peut utiliser tout et n’importe quoi, c’est une simple référence qui peut aider à ne pas se disperser et à rester cohérent dans ses descriptions.

Pour un usage professionnel, il faut soit être soi-même très bon dessinateur, soit investir et faire travailler quelqu’un pour obtenir le résultat souhaité.

Ceux qui sont édités à compte d’éditeur peuvent bénéficier des services de professionnels à la charge de l’éditeur, il faut alors négocier d’éventuelles illustrations (autres que la première de couverture) dans le contrat.

Vous pouvez, à titre indicatif, découvrir les illustrations des trois protagonistes principaux de ma saga d’heroic fantasy, réalisés plus de deux ans après l’écriture du premier volet (La Gardienne de Danarith).

L’avantage d’avoir une vision détaillée de ses personnages, c’est qu’on a une idée claire et précise comme base pour passer commande et diriger/accompagner l’artiste dans son travail :

Léraline

Méruline

Cormag McGowein


Mary Sue et Gary Stu

Une Mary Sue (et sa version masculine Gary Stu) est un personnage favorisé par l’auteur à tel point que cela peut porter atteinte à l’intégrité ou à la crédibilité du récit.

S’il est indéniable que nous mettons tous un peu de nous dans les personnages que nous créons, et qu’il est parfois difficile de leur faire du mal, de les voir échouer, ou même mourir, il ne faut pas non plus tomber dans l’excès de faveur à leur égard.

Cela se voit et gêne très rapidement le lecteur.

Pour avoir fait des études en LLCE anglais (Langue, Littérature et Civilisation Etrangères), j’ai étudié de nombreux écrits dans la langue de Shakespeare, et nous avons plusieurs fois travaillé sur cette notion de personnage Mary Sue.

Un Gary Stu ou une Mary Sue ne rencontrera pas d’obstacles, ou ces derniers seront si insignifiants pour lui/elle qu’ils ne présenteront aucun intérêt.

Or, si l’on considère que la caractérisation passe essentiellement par l’action et les relations aux autres, l’absence d’obstacle est un problème (et pas le moindre !).

Si votre protagoniste est en quelque sorte tout puissant, intouchable, que rien ne peut lui arriver et que rien ne lui arrive, quel intérêt votre histoire peut-elle donc avoir pour le lecteur ?

Pour savoir si vos personnages s’approchent d’une Mary Sue ou d’un Gary Stu, je vous invite à vous pencher sur les deux liens ci-dessous (ils sont en anglais, mais pas besoin d’être bilingue pour comprendre de quoi il retourne, et pour les plus fâchés d’entre vous avec la langue de Shakespeare, vous avez le traducteur Google ou n’importe quel autre sous la main).

J’ai trouvé cet outil intéressant et il peut s’avérer utile si vos personnages s’approchent trop de ce « stéréotype ». Je ne peux alors que vous conseiller de revoir votre copie et de mettre vos personnages dans des situations qui créent de la tension, des difficultés, des problèmes qu’il leur faut tenter de résoudre (l’échec ou une réussite partielle sont bien sûr possibles !).

Qu’est-ce qu’une Mary Sue ?

Le test pour évaluer vos personnages


Les clones

Quand on crée des personnages et qu’on les fait vivre, on insuffle forcément un peu de soi en eux.

Il se peut même qu’un personnage particulier (pas forcément le protagoniste d’ailleurs) fasse l’objet d’une sorte de « transfert » de la part de l’auteur.

Si cela n’est pas forcément gênant en soi (voire normal dans le cas de l’auto-fiction par exemple), je pense qu’il faut faire attention à ne pas agir de la sorte avec tous les personnages, ni un trop grand nombre (sauf à avoir effectivement des clones qui ont tout en commun).

Dans certains écrits, on assiste à une sorte de lissage où tous les personnages partagent des traits communs si nombreux qu’on a parfois l’impression qu’ils sont faits selon le même modèle, ou sortent du même moule.

Il me paraît important (pour ne pas dire essentiel) que chaque personnage soit tout à fait unique et dissociable des autres (ce qui n’empêche pas de partager certains traits ou objectifs communs).

Il n’y a que le conflit et l’affrontement de points de vue et d’objectifs différents (ou communs mais pas forcément abordés de la même manière) qui permettent de caractériser efficacement les personnages.

S’ils sont tous « identiques », l’intérêt de suivre leurs aventures risque de vite retomber comme un soufflé.

Gardez donc à l’esprit de ne pas faire de vos personnages des copies conformes les uns des autres, ni de vous-même (à moins que ce ne soit un choix réfléchi et porteur de sens, chose assez marginale en littérature).


Réalité, réalisme et artificialité

Je voudrais maintenant aborder un point qui me paraît important : les notions de réalité, de réalisme et d’artificialité.

Un personnage n’est pas réel. Un personnage est une représentation artistique, une métaphore.

Lorsque l’on crée un personnage, l’idée n’est pas tant de le faire absolument ressembler à un être vivant que de l’évoquer.

Nicolas Boileau a dit : « un personnage ne doit pas être vrai mais vraisemblable ».

Yves Lavandier a écrit : « un personnage ne doit pas être réel mais réaliste ».

Quant à Federico Fellini, il a avancé : « il n’est pas nécessaire que les choses qu’on montre soient authentiques. Ce qui doit être authentique, c’est l’émotion qu’on ressent à voir et à exprimer ».

Certains d’entre vous ont peut-être des enfants. À la date d’écriture de cet article, j’en ai quatre.

Quelque part, je pense qu’on peut faire un parallèle entre ses enfants et les personnages que l’on crée.

Dans les deux cas, on les a « faits » et on est censé bien les connaître (du moins j’ose l’espérer !).

Les personnages deviennent, en quelque sorte, vivants, dans le sens où on leur insuffle une certaine cohérence et une véritable indépendance.

Cela veut dire qu’on ne peut pas faire tout et n’importe quoi avec un personnage, ni lui faire dire tout et son contraire.

La cohérence et la crédibilité sont à ce prix.

Yves Lavandier suggère de se poser quelques questions, dont celles-ci, qui me paraissent intéressantes (il faudra lire son livre pour approfondir le sujet, je n’ai fait que l’effleurer du bout des lèvres) :

– pourquoi ce personnage et pas un autre ?

– qu’est-ce qui rend ce personnage intéressant ?

– ai-je de la sympathie à l’égard de mon personnage ?

– etc.

L’idée, c’est qu’un auteur devrait toujours savoir beaucoup de choses sur ses personnages, et d’ailleurs beaucoup plus que ce qu’il pourra jamais mettre dans son œuvre.

Au final, on devrait certainement connaître ses personnages encore mieux que ses propres enfants.

Alors n’ayez pas peur d’explorer vos personnages en profondeur, quitte à n’utiliser que 50% de ce que vous avez détaillé à leur sujet.

Un auteur qui connaît bien ses personnages se prémunira d’éventuels illogismes ou contradictions (ou du moins d’une bonne partie de ces derniers) et pourra en parler de bien des manières différentes (vous comptez rencontrer vos lecteurs, faire des salons, des dédicaces, etc. ? Alors avoir une connaissance fine de vos personnages me paraît essentiel !).


Le mot de la fin :

Avez-vous trouvé des éléments utiles pour donner vie à vos personnages ?

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